Etude de la préface du Mariage de Figaro de Beaumarchais



La préface a été écrite après la pièce. La première édition parue avec la préface date d·avriI1785, un an après la première représentation (1784). Rappel : La pièce est achevée dès 1778 mais ne sera jouée que 6 ans plus tard. Elle passe entre les mains de 6 censeurs. Les deux premiers lui sont hostiles mais les 4 suivants donnent leur accord pour que la pièce soit jouée. Cependant. Louis XVI s'y oppose. Cette interdiction aiguise la curiosité du public, la pièce devient célèbre avant même d'être jouée : elle est lue en privé, dans les meilleurs salons, à partir de 1781. Parallèlement, 8eaumarchais multiplie les démarches pour faire jouer sa pièce et la préface a vraisemblablement été composée pour fléchir le Roi. Enfin, les Comédiens-Français sont autorisés à jouer Le Mariage de Figaro le 27 avril 1784 dans leur nouvelle salle ouverte depuis 1782 (actuel Odéon) : le succès est immense.
Cependant, La publication du texte, autorisée en 1784, est interdite au dernier moment. en 1785, car Beaumarchais est emprisonné du 8 au 13 mars 1785 (les représentations sont aussi interrompues) pour avoir fait paraître dans la presse un article où il traitait «de lions et de tigres» ceux qui s'étaient opposés à sa pièce. Finalement la pièce et sa préface pourront paraître un mois plus tard.

I.       Lisez la préface et numérotez les paragraphes.

La visée de Beaumarchais est de montrer que sa pièce n'est pas « blâmable «. Il s'agit a priori d'un plaidoyer qui va s'intéresser plus à la valeur morale de la comédie qu'à ses qualités esthétiques.

2. On peut distinguer 5 parties dans cette préface :

  • Une réflexion sur la moralité de l'œuvre littéraire (paragraphes 1 à 19)
  • Une revue des œuvres (paragraphes 20 à 35)
  • Une revue des personnages de la pièce (paragraphes 36 à 53)
  • Des réponses à des attaques diverses (paragraphes 54 à 88)
  • Une conclusion (paragraphes 89 à fin)
Il. Questions sur la première partie : une réflexion sur la moralité de l'œuvre littéraire

On lui reproche de ne pas avoir respecté les règles de la comédie classique, fixées notamment par Boileau selon qui la beauté formelle de l'œuvre découle du respect des règles. Pour Beaumarchais, au contraire, c'est au dramaturge d'inventer ses propres règles en fonction de la visée originale de son œuvre. Dans Essai sur le genre dramatique sérieux, Beaumarchais qualifie les règles d’épouvantail des esprits ordinaires ». Il ajoute : « En quel genre a-t-on vu les règles produire des chefs-d’œuvre ? N'est-ce pas au contraire les grands exemples qui, de tout temps, ont servi de base et de fondement à ces règles dont on a fait une entrave au génie en intervertissant l'ordre des choses ».

Aux règles, Beaumarchais oppose le devoir du dramaturge «d'amuser en instruisant», Molière, dans la préface du Tartuffe utilise une formule analogue. Cette dernière a également été choisie par Santeuil pour orner le rideau de la Comédie-Française.

Racine, les Plaideurs, Lesage, Turcaret, Molière, Tartuffe sont cités. Beaumarchais rapproche sa pièce de ces chefs-d’œuvre. C'est donc une manière de la valoriser. Surtout, elles servent d'argument d'autorité : le M. de F. n'est pas une pièce plus audacieuse que celles citées : pourquoi l'interdire ?

3. Dans le onzième paragraphe («J'ai pensé, et je pense encore...), qu'est-ce que Beaumarchais place à l'origine de l'action, qu'elle soit comique ou tragique ?

«La disconvenance sociale» : opposition entre le caractère du personnage ou sa situation et ce qu'exigerait sa situation sociale.

            Beaumarchais rapproche la comédie de l'apologue ou de la fable (la fable est un sous-genre de l'apologue) : ce sont des genres à visée morale. Il l'oppose à la satire, cruelle mais sans efficacité morale.

III.             Questions sur la deuxième partie : Une revue des œuvres

Beaumarchais fait son éloge en citant ses œuvres, en soulignant le succès qu'elles ont remporté, en se présentant comme une victime de l'acharnement des censeurs...

2. Dans quel paragraphe résume-t-il Le Mariage de Figaro ? Commentez ce résumé.

Dans paragraphe 32 : il s'agit d'un résumé très succinct centré sur l'intrigue principale : Beaumarchais gomme les aspects les plus subversifs de sa comédie.

3. Expliquez le paragraphe qui commence par» Oh ! Que j'ai de regret de ne pas avoir fait de ce sujet moral une tragédie bien sanguinaire!» En quoi peut-on y voir une apologie de la comédie ?

Ce paragraphe ironique montre qu'on accepte fort bien dans la tragédie ce qu'on refuse dans la comédie. Le recul temporel et spatial de l'action tragique ôte aux critiques ce qu'elles peuvent avoir de déplaisant pour les contemporains. C'est une manière pour Beaumarchais d'affirmer que la comédie est supérieure à la tragédie du point de vue moral : si elle est soumise à une critique plus virulente, c'est qu'elle dérange, qu'elle touche, donc qu'elle est efficace.

IV.             Question sur la quatrième partie : Une revue des personnages de la pièce

On peut souligner que l'analyse proposée par Beaumarchais vise là encore à atténuer la portée subversive de la pièce tant sur le plan moral que politique et social : «le comte est humilié sans être avili», la comtesse est vertueuse, Chérubin, un jeune homme espiègle. L'ambiguïté de la relation entre Chérubin et la comtesse est passée sous silence. La richesse du personnage de Figaro est atténuée. ..

V.                Questions sur la quatrième partie : Des réponses à des attaques diverses

Les critiques/ les réponses :
- Le caractère trop moralisateur de la pièce/ il est compensé par sa gaieté.
- Le caractère badin, trop grande légèreté de la pièce/ La mère coupable sera une pièce plus sérieuse.
- Le caractère subversif de la pièce qui viserait à déstabiliser l'ordre social/ Beaumarchais respecte l'ordre social mais il dénonce les abus. Seuls les grands qui se comportent de manière indigne de leur rang peuvent se sentir attaqués.
- Le manque de respect vis-à-vis des magistrats/ même défense que précédemment. Beaumarchais ne vise que les magistrats corrompus et incompétents et non la magistrature dans son ensemble.
- Le caractère subversif du monologue, V, 3/ la liberté de la presse et de publication doit être défendue. Seuls les tyrans peuvent la craindre.
- Un style négligé : Beaumarchais adapte le langage de ses personnages à leur statut et à leur fonction dans la pièce.
- Le mépris pour le métier de soldat / le métier de soldat implique effectivement une obéissance aveugle,
- L'allusion au couvent des Ursulines : Beaumarchais aurait pu en citer un autre... .
- L'attaque contre les hommes de la Cour/ B, ne confond pas l'homme de la Cour et el vil courtisan.
Le passage mêle les arguments qui portent sur le fond et ceux qui traitent de la forme. Comme cela était annoncé au début de la Préface, les premiers sont cependant mis en avant.


VI.         Quel est le registre du dernier paragraphe : Une conclusion

Le dernier paragraphe est ironique. Beaumarchais a recours à l'antiphrase : « Je conviens qu'à la vérité la génération passée ressemblait beaucoup à ma pièce, que la génération future lui ressemblera beaucoup aussi; mais que, pour la génération présente, elle ne lui ressemble aucunement.»

VII.      Bilan : cette préface vous semble-t-elle constituer un plaidoyer habile en faveur de la pièce

Un plaidoyer qui vise à convaincre : le propos est organisé, riche, Beaumarchais n'occulte aucune critique. Il parvient en outre à donner à sa réflexion une portée générale.
Un plaidoyer qui vise à persuader : ironie, fausse ingénuité, Beaumarchais cherche à mettre les rieurs de son côté, à montrer la sottise ou la mauvaise foi de ses adversaires.

Le but de Beaumarchais est de faire jouer sa pièce, il en atténue la portée subversive mais son tempérament reste sensible dans le refus de la soumission servile, la r réaffirmation des exigences esthétiques et des valeurs de l'auteur.

Certains passages de ce plaidoyer font directement écho à des répliques de Figaro et surtout au fameux monologue V, 3. On trouve ici la confirmation que Beaumarchais a fait du valet son principal porte-parole dans la pièce.

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