Lecture analytique de De Republica, V, 1, de Cicéron.

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Introduction : Cicéron est un homme politique et un orateur de premier plan du 1er siècle avant J-C (-106 ; - 43). Dans le De Republica, traité publié en -54 (et inspiré de La République de Platon), il réfléchit au meilleur gouvernement possible. A l'époque où il compose cet ouvrage, Cicéron s'est attiré l'hostilité des démocrates à cause de son attitude dans l'affaire Catilina et il se trouve également isoler au Sénat, ce qui peut expliquer le pessimisme du passage que nous allons étudier. Cicéron organise son propos de la manière suivante : des lignes 1 à 12, il fait l’éloge du passé et des lignes 12 à 29, il blâme le présent décadent.
Comment Cicéron y dénonce-t-il la décadence de la République romaine ?
Nous suivrons la progression du texte pour répondre à la problématique.

I. L'éloge du passé

1. Le texte commence par un hommage appuyé au poète Ennuis
-          Le texte s'ouvre sur une citation de cet auteur ancien.
-          A la ligne 2, il est désigné par le pronom « ille » à valeur emphatique.
-          La comparaison à l’oracle avec « tanquam ex oraculo quodam » (ligne 3) participe également à cet éloge.

Cet hommage à la justesse du vers d'Ennuis permet d'introduire (2.)

2. L'éloge des mœurs anciennes, du "mos majorum" et des "viri" qui ont établi la République
On retrouve un éloge des mœurs anciennes, du « mos majorum » et des « viri » qui ont établi la République grâce
-          au vers d'Ennius constitue un argument d’autorité, c’est-à-dire que Cicéron s’appuie sur les propos de quelqu’un de connu.
-          à la solidarité entre les "mores" et les "viri" est soulignée par des procédés stylistiques avec des parallélismes de construction : « neque viri, nisi … neque mores, nisi … » (lignes 4 à 6) et « et … viros, et … excellentes viri » (ligne 9 à 12).

A l'appui de cet éloge, on trouve un autre argument (ligne 6 à 8) « aut fundare aut tamdiu tenere potuissent tantam et tam fuse lateque imperantem rem publicam ». La grandeur de l'état roman est soulignée par l’accumulation des intensifs « tantam et tam ».

A cet éloge appuyé du passé succède un blâme de l'époque actuelle : « Nostra vero aetas » (ligne 12). L’adverbe « vero » a une valeur de forte opposition.

II. Le blâme du présent

1. Le passage fait le constat de la disparition du « mos majorum » et des grands Hommes

Tout d’abord, on peut constater qu’il n’y a pas d’arguments précis justifiants le point de vue de Cicéron.

Cicéron met en œuvre de nombreux précédés rhétoriques pour persuader le lecteur du bien-fondé de son propos.
Aux lignes 12 à 18 « Nostra vero aetas, cum rem publicam sicut picturam accepisset egregiam, sed jam evanescentem vetustate, non modo eam coloribus isdem, quibus fuerat, renovare neglexit, sed ne id quidem curavit, ut formam saltem ejus et extrema tanquam liniamenta servaret ». On retrouve une métaphore qui met en parallèle la République et un tableau que l’on laisse se détériorer. Il s’agit d’une image expressive qui souligne la beauté de l’Etat passé. L’intérêt de cette métaphore est qu’elle est facile à visionner : Cicéron sait rendre les choses concrètes et visuelles. Cela révèle ses qualités d’orateur, de poète et de pédagogue.
Aux lignes 18 à 20 et 22 deux questions rhétoriques  « Quid enim manet ex antiquis moribus, quibus ille dixit rem stare Romanam ? » et « Nam de viris quid dicam ? » ont pour but d’interpeller, d’impliquer le lecteur et souligner le sentiment d’indignation de Cicéron.
Des lignes 25-29 « sed etiam tanquam reis capitis quodam modo dicenda causa est. Nostris enim vitiis, non casu aliquo, rem publicam verbo retinemus, re ipsa vero jam pridem amisimus » la comparaison doublé d’une hyperbole, ce qui crée une antithèse dans la dernière phrase et met en avant le registre pathétique de la dernière phrase.

2. Réquisitoire de Cicéron
Cicéron fait un réquisitoire contre ses contemporains auxquels il s'associe grâce à l’emploi de la première personne : « nobis » (ligne 24). « Nostris » (ligne 26), « retinemus » (ligne 28), « amisimus » (ligne 29).

Il souligne leur responsabilité de plusieurs manières :
-          tout d’abord grâce à un champ lexical de la négligence : « neglexit (ligne 16)», « ne id quidem curavit » (ligne 16), « oblivione » (ligne 20), « obsoletos » (ligne 20), « ut non modo non colantur, sed jam ignorentur » (ligne 21 à 22).
-          ensuite grâce à une gradation ligne 24 à 25 « non modo », « sed etiam »  qui marque la responsabilité de plus en plus importante des contemporains de Cicéron.
-          enfin grâce à « notris enim vitiis » ligne 26 mis en avant avec un contre-rejet.

Conclusion : en opposant le présent au passé, Cicéron espère susciter chez ses contemporains une prise de conscience qui permettrait de réagir contre la décadence de Rome. Que ce sentiment de déclin soit fondé ou non, force est de constater qu'il fut partagé par de nombreux contemporains de Cicéron. On peut penser à Salluste qui, dans La Conjuration de Catilina fait le même constat. Notons enfin que l'abondance des effets oratoires n'exclut pas la sincérité: c'est pour avoir voulu défendre sa conception de la République que Cicéron mourut en -43.
 

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