Synthèse sur le Mariage de Figaro de Beaumarchais



Le Mariage de Figaro, une folle journée ou une pièce révolutionnaire ?

I. Une folle journée

1. Une Journée

L’action dure une journée : Beaumarchais respect la règle de l’unité de temps et c’est le seul qui respect (il n’y a pas d’unité de lieu ni d’unité d’action).

C’est une folle journée car il y a plusieurs intrigues qui croisent (imbroglio) et l’utilisation des péripéties éclaires font que le spectateur n’a pas de moments de repos (acte III en particulier).

Il s’agit donc d’une folle journée du point de vue dramatique.

Il s’agit également d’une folle journée pour les personnages car ils sont mis à l’épreuve  avec les bouleversements causés par les péripéties.

Il s’agit donc d’une folle journée du point de vue psychologique avec :

  • Suzanne qui est la moins touchée ;
  • la comtesse qui connaît, dans l’acte II, les changements de situation qui sont les plus fortes ;
  • le Comte qui passe alternativement de l’espoir de saisir sa proie à la déception tout le long du texte ;
  • Figaro qui dans l’acte V se voit trompé.

2. Une journée comique

La pièce a pour but d’amuser et d’étourdir en ayant recours aux différentes formes de comique :

  • le comique de geste avec le soufflet donné à Figaro au lieu de Chérubin par le Comte dans la scène 7 de l’acte V ou avec Suzanne et Marceline qui se font des révérences (ridicules) dans la scène 5 de l’acte I.
  • le comique de situation avec tous les quiproquos comme la scène 5-6 de l'acte IV : Chérubin est déguisé en fille ; comme dans les scènes 17 de l’Acte II : le comte croit découvrir l’amant de la Comtesse mais il se retrouve avec Suzanne ; comme dans la scène 8 de l’acte I : Chérubin et le comte se cachent l’un après l’autre dans la chambre de Suzanne avec une position ridicule
  • le comique de parole avec les échanges de nom d’oiseau entre Figaro et Bazille dans la scène 16 de l’Acte 4 ; avec les répétitions du « goddam » de Figaro dans la scène 5 de l’acte 3. (Acte 3 scène5) ; avec Brid’ oison qui bégaie dans la scène 18 de l’acte III et le « be-ête » qui rend un contexte, à la base officiel avec des juges, non-sérieux et (cela permet une critique) ; avec Suzanne mise en abyme avec Chérubin pour la Comtesse dans la scène 1 de l’acte II
  • le comique de caractère avec le nom Brid’oison et ses bêtises et le comte qui est ridicule, en colère et qui s’emporte : il est la dupe de tout le monde (Acte II, scène 19-20)
Il s’agit d’une pièce qui a recours à tous les formes de comique.

Beaumarchais s’inscrit dans la tradition de la comédie avec les apartés qui contribuent au comique : dans l’acte III, scène 5, le duel Comte – Figaro ou encore dans l’acte V, scène 7. Le spectateur peut toujours profiter pleinement du comique car il a une longueur d’avance sur les personnages en les surplombant systématiquement et car il sait que le dénouement va être heureux.

Dans le mariage de Figaro on retrouve toutes les formes de comique simple (soufflets = gestes) et des comiques complexes (ironie, jeu de mots). 

Il s’agit d’une journée pleine de gaité (scène 1, acte4, « j’aime ta joie parce qu’elle est folle » Suzanne), d’une journée animée et joyeuse.

Au-delà de cet aspect du plaisir, le but de la comédie est de plaire et d’instruire (deux visées de la comédie par Molière). Ici il ne s’agirait pas d’instruire mais si elle pousse le public à réfléchir, à le faire bouger et surtout à se révolter contre le système.

II. Quels arguments pouvons-nous avancer pour montrer cette pièce comme révolutionnaire (une pièce révolutionnaire)

1. Enjeux argumentation

Nous avons :

  • la dénonciation d’une société qui ne reconnaît pas les mérites.
  • la dénonciation des abus faits par la noblesse.
  • la défense de la place de la femme (Marceline sert de porte- parole).   
  • la dénonciation de l’incompétence et de l’arbitraire de la justice.
  • la dénonciation de la censure


Il s’agit de dénonciations de questions qui relèvent du domaine politique et de la société.

Il s’agit de critiques issues des philosophes des Lumières et qui suivront à l’élaboration de la déclaration Universelle ses droits de l’Homme et du citoyen (26 aout 1789).

2. La relation maitre / valet

Le valet revendique des  droits pour lui-même ; pour ce qui est de la sphère privée, il considère qu’il doit avoir les mêmes droits que son maitre, c'est à dire pouvoir disposer de lui-même et sa femme. C’est une révolution (idée nouvelle) et un nouveau point de vue théâtral (aucuns autres valets ne revendiquaient cela).

Le valet est un philosophe, il est instruit et maitrise le langage, ce qui fait qu’il est supérieur à son maitre.

Le personnage ridicule est représenté par le Comte, on se moque de lui tout le long de la pièce. Figaro rit de son maitre, nous avons une subversion de l’ordre (ce qui est symbolique). La comédie est subversive car elle renverse la hiérarchie sociale : le maître est celui dont on rit, donc celui qui est rabaissé (humilié), tandis que le valet est celui auquel le spectateur doit s’identifier : il est le véritable héros de la pièce.

C’est une pièce révolutionnaire car elle inverse à la monarchie sociale /  hiérarchie de la comédie. 

3. Le rôle des serviteurs

Figaro utilise son rôle pour faire pression et abolir les droits seigneuriaux du comte : l’union fait la force si le peuple s'unit et il pourra ainsi obtenir l’abolition des privilèges abusifs. Tous les serviteurs sont rassemblés pour qu’ils soient témoins et qu'ils mettent le comte en difficulté (Acte V scène 2).

4. Abolition du privilège

L’enjeu de la scène est l’abolition du droit du seigneur : abolition en droit et en fait. De ce fait, Le Mariage de Figaro est une œuvre prérévolutionnaire.

III. Un esprit réformateur

Ce qui oppose le  révolutionnaire (pense que la société change par la violence) et le réformateur (change la société mais en changeant les lois, tout en restant dans la justesse, dans les règles).

En 1778 même si sans doute cela est anachronique, nous relions la pièce aux Lumières avec ce nous saurons par la suite mais personne n’imaginait la nœud de manière révolutionnaire.

1. Sur le plan politique

Si le comte a des défauts, Anthonio en a aussi. Le peuple n’est pas épargné par Beaumarchais ; ce dernier ne veut pas donner le pouvoir au peuple : ils n’ont pas la capacité de choisir les dirigeants.

En réunissant le peuple, il oblige le roi à donner sa parole qui ne peut changer. Figaro ne réunit pas les domestiques pour faire violence au comte mais pour l’obliger à donner publiquement sa parole et à la respecter ; ce qui implique qu’il croit aux respects du code d’honneur par la noblesse. 

Beaumarchais par l’intermédiaire de Figaro aspire à une correction de la loi de manière à mieux garantir les droits du Tiers Etat (plan politique).

La pièce a une vision plutôt réformatrice sur le plan politique.

2. Sur le plan théâtral

La pièce est réformatrice. Beaumarchais reprend la tradition de la comédie classique il s’inspire beaucoup de Molière mais il l’a reformé avec l’imbroglio les péripéties éclaires, l’approfondissement de l’analyse psychologique des personnages, l’importance accordée au langage non verbal et à la représentation.

Conclusion
Le mariage de Figaro incontestablement mérite bien le sous-titre  de « folle­- journée ». Certains arguments vont dans ce sens ; beaucoup parlent d’un texte révolution car l’argumentation est plus poussée qu’avec Molière et elle renouvelle la comédie (du point de vue dramatique, psychologique). Néanmoins nous arrivons à cette conclusion car nous connaissons l’Histoire.

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