Français : lecture analytique de Entretiens Sur la Pluralité des Mondes de Bernard le Bouyer de Fontenelle

HALM vous propose de pouvoir télécharger les articles avec un contenu complet et sans virus directement sur votre PC/Mac. Ces documents ont pour avantages d’être organisé, de posséder, pour certain, un contenu imagé pour une meilleur compréhension, etc... Pour accéder au document, cliquez sur le lien, patientez, cliquez sur "accéder au lien" en haut, patientiez de nouveau, puis cliquer sur « continuer » en haut à droite.

Lien de téléchargement : http://www.clictune.com/id=230067


Bernard le Bouyer de Fontenelle, Entretiens Sur la Pluralité des Mondes, 1686


Bernard le Bouyer de Fontenelle, neveu de Pierre Corneille, est auteur, né à Rouen qui vécut du milieu de XVII jusqu’au milieu du XVIII. C’est un précurseur du mouvement des Lumières et un penseur rationaliste influencé par Descartes. Etant un vulgarisateur, il a essayé dans les écrits à partager ses connaissances et à tendre vers le progrès. Ses deux œuvres principales sont Histoire des Oracles et Entretiens Sur la Pluralité des Mondes. Dans ce dernier datant de 1686, l’auteur a pris pour sujet, la vulgarisation de la découverte et du domaine astronomique. Et pour rendre son propos : il présente sa réflexion avec lui-même et un disciple : une marquise, fille Mme de Sablière. L’ouvrage est divisé en soirée. Le passage étudié se passe le second soir, la question posée est de savoir s’il est possible de rencontrer et de connaître les hommes de la Lune. Qu’est-ce qui donne son efficacité argumentative à ce texte ? Pour répondre à cette question nous étudierons la composition du texte, puis nous verrons ce qui rend ce texte persuasif et enfn nous aborderons la portée de ce document.

I.                   Composition rigoureuse

1.             Composition d’ensemble

Le dialogue est essentiellement composé d’une brève réplique de la Marquise suivit d’une grande tirade du philosophe. Cette différente structure du  dialogue indique le rapport entre les deux interlocuteurs : l’élève qui écoute et la leçon du professeur. On a donc affaire à un discours didactique.
Le rôle de la première réplique indique le sujet de la conversation, ligne 1 : « Ces gens de la lune, on ne les connaîtra jamais, cela est désespérant ». Elle énonce une thèse fausse mais son propos sert de point de départ à la tirade du philosophe, ligne 6 à 8 : « Je gage que je vais vous réduire à avouer, contre toute raison, qu’il pourra y avoir un jour du commerce entre la terre été la lune », grâce à des tournures comme « réduire à », « contre toute attente » et l’utilisation du futur simple, il réfute la thèse fausse et commence le développement de sa tirade.

2.             La composition de la tirade

            Après quelques politesses allant des lignes 2 à 6 : « si je vous répondais sérieusement », « J’ai une pensée très ridicules, qui a un air de vraisemblance qui me surprend ; je ne sais où elle peut l’avoir pris, étant aussi impertinente qu’elle est », le philosophe énonce sa thèse, ligne 7 à 8 : « qu’il pourra y avoir un jour du commerce entre la terre été la lune » puis il fait un développement fondé sur un raisonnement par analogie qui assimile les Amérindiens aux Terriens et  les Européen aux Séléniens jusqu’à la ligne 39.
Puis il finit par une conclusion dans laquelle il réaffirme la thèse, que l’on peut traduire par une question : les Européens et Amérindiens se sont rencontrés pour quoi les terriens et les séléniens pourraient pas se rencontrer ? La composition de la tirade du philosophe grâce à la référence de la découverte du nouveau monde, est rigoureuse, ce qui la rend convaincante.


II.                Un texte persuasif

1.             L’habilité au philosophe qui ménage son élève

Tout d’abord le philosophe dévalorise sa thèse et la présente avec modestie : « vous vous moqueriez de moi », ligne 3, « j’ai une pensée très ridicule », ligne 4-5, « je ne sais où elle peut l’avoir pris, étant impertinente », ligne 5-6. L’autodérision, dans  ces propos, contient une part d’humour qui lui permet de ne pas impressionner la marquise, de l’amuser et de montrer son propos comme étant agréable et séduisante.
Son objectif est de faire rentrer progressivement son élève dans son développement, ligne 8-9 : «  Remettez-vous dans l’esprit l’état ou était l’Amérique avant qu’elle eût été découverte par Christophe Colomb », il implique son interlocutrice mais également les lecteurs avec les questions rhétoriques à  la fin du texte, ligne 36 à 39 : « D’où sont-ils venus ? Qui a pu les amener par-dessus les mers ? Qui a mis le feu en leur disposition ? Sont-ce les enfants du Soleil ? ».
L’effet persuasif est donné par l’analogie à quelque chose de concret, ici la découverte du nouveau monde et de ses habitants, qui est simple à comprendre pour la marquise et les lecteurs.

2.             Le jeu sur les points de vue

Le développement du philosophe est divisé en deux parties caractérisé par deux points de vue différents. Dans la première partie, de la ligne 10 à 29, il utilise un point de vue externe, celui des Européens sur les Amérindiens. Dans la deuxième, allant de la ligne 30 à la ligne 39, il utilise le point de vue interne, celui des Amérindiens voyants arriver les Européens.

a)      Première partie, ligne 10 à 29
Les Amérindiens sont présentés de manières péjoratives. Cette première partie insiste sur l’ignorance de ces peuples
- au niveau vestimentaire, ils ne connaissent même pas l’usage du vêtement : « Ils allaient nus », ligne 12 ;
- au niveau scientifique, ils ne savent du monde que ce qu’ils voient et donc ils se basent sur des sensations et superstitions qui sont sources d’erreur avec la comparaison aux lignes 14 à 16  : « ils regardaient la mer comme un grand espace défendu aux hommes, qui se joignait au ciel, et au-delà duquel il n’y avait rien » ;
- au niveau techniques mis en évidence avec des adjectifs aux superlatifs au superlatif de supériorité marquant les défauts : « ils ne connaissaient pas les arts les plus simples et les plus nécessaires », ligne 11-12, et la seul inventions, qu’ils ont, est défaillant pour l’Européens ce qui montre leur prétention et leur condescendance, ligne 16 à 22 « Il est vrai qu’après avoir passé des années entières à creuser le tronc d’un gros arbre avec des pierres tranchantes, ils se mettaient sur la mer dans ce tronc, et allaient terre à terre, portés par le vent et par les flots. ». L’allitération en –r rappelle le raclement du bois.
Cette insistance sur l’ignorance des Amérindiens, passe par l’énumération et l’accumulation de phrases négatives avec des verbes de connaissance : « loin de connaitre », « ils ne connaissent », ligne 11, « ils n’avaient jamais conçu», ligne 13.

De la ligne 22 à 29, on a une transition pour amener le point de vue des Amérindiens avec l’évocation des qualités techniques de la navigation européennes soulignant leur supériorité et l’infériorité des Amérindiens, avec à la ligne 23, une hyperbole : « incomparablement plus parfaite » et une anaphore du « que », des lignes 23 à 29, qui scande chaque capacité des embarcations des vaisseaux européens et qui montre leur étendu : « Qui leur eût dit qu’il y avait (…) qu’on pouvait traverser (…) de tel côté et de tel sens qu’on voulait, qu’on s’y pouvait arrêter (…) qu’on était maître de la vitesse (…) qu’enfin cette mer, quelque vaste qu’elle fût, n’était point un obstacle à la communication des peuples, pourvu seulement qu’il y eût des peuples au-delà (…) ».
Dans un premier temps le philosophe reprend les préjugés ethnocentriques des européens. C’est une manière de prononcer un discours habituel, qui va séduire et convenir à la marquise.

b)      Deuxième partis, ligne 30 à 39
Dans la deuxième partie, Montaigne intègre l’opposition avec l’adverbe: « Cependant », ligne 30. Il utilise le point de vue des Amérindiens pour nous faire ressentir leur étonnement, leur stupéfaction par rapport à ce qui arrive.
On remarque une personnification des bateaux: « De grands corps énormes qui paraissent avoir des ailes blanches, qui volent sur la mer, qui vomissent du feu de toutes parts », ligne 31 à 33, une personnification des chevaux, ligne 34 à 35 : « disposant comme ils veulent de monstres qui courent sous eux », et une personnification des armes, ligne 35 à 36 : « tenant en leur main des foudres dont ils terrassent tout ce qui leur résiste », avec des périphrases car les Amérindiens ne connaissent pas le ou les mots pour désigner visuellement les objets inconnus. L’évocation des européens et des objets par une série d’image font apparaitre ces Européens comme des monstres.
L’effarement et l’incompréhension des Amérindiens qui se demande ce qui leur arrive, est souligné avec la série de questions non rhétoriques située entre les lignes 36 à 38 : « D'où sont-ils venus ? Qui a pu les amener par-dessus les mers ? Qui a mis le feu en leur disposition ? Sont-ce les enfants du Soleil ? ».
L’intérêt de ce changement de point du vue est d’introduire dans le discours philosophique un discours poétique, en le rend plus séduisant, plus plaisant et amusant pour obliger la marquise à changer de point de vue et à s’identifier aux Amérindiens.

Transition : Si ce texte est persuasif c’est grâce à l’utilisation habile de la référence à la découverte du nouveau monde. L’auteur croit également à l’avenir et aux progrès et la question principale sur les Séléniens lui permet de parler et défendre des valeurs générales.

III.             Une argumentation qui défend des valeurs

1.             Le progrès

Dans les lignes 23 à 29, on constate un premier éloge du progrès, celui de la navigation des Européens, en effet Fontenelle est admiratif des progrès techniques et est fière de ces technologies. La présence d’hyperbole, « incomparablement plus parfaite », ligne 23, d’accumulation, « Qui leur eût dit qu’il y avait (…) qu’on pouvait traverser (…) de tel côté et de tel sens qu’on voulait, qu’on s’y pouvait arrêter (…) qu’on était maître de la vitesse (…) qu’enfin cette mer, quelque vaste qu’elle fût, n’était point un obstacle à la communication des peuples, pourvu seulement qu’il y eût des peuples au-delà (…) », ligne 23 à 29 témoignent de cette éloge.
On remarque également un deuxième éloge du progrès, ligne 44 à 47 : « Il est vrai qu'il faudra traverser ce grand espace d'air et de ciel qui est entre la terre et la lune. Mais ces grandes mers paraissaient-elles aux Américains plus propres à être traversées ? », la mer était un élément qu’on croyait infranchissable mais elle a été franchie, le ciel est un élément infranchissable actuellement, dans l’avenir on arrivera peut-être à le franchir.
On a l’annonciation des philosophes des Lumière, Fontenelle va devenir, en effet, un précurseur des Lumières.

2.             Le relativisme

Mais il tient à défendre aussi le relativisme dans son texte : Montaigne oblige à se poser des questions et applique un exercice pratique de relativisme, il assimile les Amérindiens pour les européens comme étant sauvages et les européens pour les Amérindiens comme étant des monstres : ils sont toujours l’opposés de l’autre, en effet on est condamné à être barbare de l’autre si on ne fait pas cet effort.
Au-delà de cela, on retrouve implicitement un raisonnement par analogie : les Européens sont assimilé aux Amérindiens et les Séléniens sont assimilés aux Européens au 1er niveau. Ce que sont aujourd’hui pour les Européens les Amérindiens, c’est-à-dire des êtres peu évolués, les Européens le seront peut-être un jour pour les Séléniens.
Fontenelle rejette ainsi l’ethnocentrisme et introduit le regard relativiste.


Conclusion : La référence à la découverte du Nouveau Monde donne à ce texte l’essentiel de son efficacité argumentatif car elle permet de construire un raisonnement convaincant, de construire un discours persuasifs en jouant sur les points de vue et elle est une occasion à l’auteur étant humaniste et précurseur des Lumières de philosopher, c’est-à-dire d’élargie la réflexion et de défendre ses valeurs.

            
      


Ailleurs sur le web